La MACHINE à RÉCRIRE est un dispositif qui vise à favoriser la pratique collective de la récriture rationnelle et améliorative.

 

Les six sections suivantes expliciteront, respectivement, son approche de la récriture (1) et de la rationalité (2), son corpus d'intervention (3), son fonctionnement (4), ses ateliers (5) et ses avantages (6).

1. Récriture

La récriture est l’opération qui consiste à transformer une ou plusieurs parties d’un écrit.

 

Elle ne saurait donc produire que les trois types de résultats suivants:

  • soit il peut être montré que l’écrit transformé reçoit une détérioration,
  • soit il peut être montré que l’écrit transformé reçoit une amélioration,
  • soit il peut être montré que l’écrit transformé ne reçoit ni détérioration, ni amélioration.

Par exemple considérons, d’une part, l'écrit suivant (extrait du Petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon, éditions Lux, p. 180, 2006):

et, d’autre part, les trois transformations:

ci-dessus encadrées et signalées par un soulignement.

 

Sans entrer dans les détails de cet exemple élémentaire, il est facile de saisir que la première transformation provoque une détérioration (puisque le propos désigne un rectangle là où l'image représente un triangle), que la deuxième n’entraîne ni détérioration, ni amélioration (puisque le syntagme "que voici" remplit une fonction similaire au syntagme "qui suit"), mais que la troisième permet, elle, d’apporter une claire amélioration (puisque, jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas un mais bien deux triangles qui font l’objet, dans cette image, d’une "construction par le cerveau": celui généré par les trois formes circulaires et celui généré par les trois traits rectilignes).

 

Et il convient d’ajouter que cette amélioration peut être également obtenue en modifiant, non plus le commentaire mais, par la soustraction de l'un des deux trios de formes générant l'idée d'un "triangle":

l'objet du commentaire.

 

La MACHINE à RÉCRIRE s’attache donc à favoriser l'élaboration de la deuxième sorte de récriture, à savoir la RÉCRITURE AMÉLIORATIVE.

2. Rationalité

La rationalité peut être entendue comme la caractéristique de tout propos qui non seulement formule certaines affirmations, mais encore s’applique à montrer, par des argumentations, en quoi ces affirmations sont correctes.

 

Une récriture rationnelle est donc une récriture non dogmatique, soit une récriture soutenue par un propos argumenté capable de la justifier.

 

Sachant que ce propos argumenté, qui peut apparaître dans un premier temps correct, peut bien sûr se révéler incorrect si un autre propos argumenté parvient à montrer une ou plusieurs failles.

 

La MACHINE à RÉCRIRE s’attache donc non seulement à favoriser l'élaboration de la RÉCRITURE AMÉLIORATIVE, mais encore à favoriser l'élaboration de sa JUSTIFICATION RATIONNELLE.

 

[NB: Cette approche pragmatiste de la rationalité (en tant que démarche permettant de construire des explications fiables et pouvant, le cas échéant, être discutées) n'a donc rien à voir, ni avec l'approche absolutiste (selon laquelle la Raison, ou la Science, pourrait se rendre maîtresse de toute chose), ni avec l'approche relativiste (selon laquelle la pertinence d'une explication serait relative à l'époque ou au sujet qui la produit).]

3. Corpus

Si La MACHINE à RÉCRIRE peut aborder tous types d'écrits, elle se propose d'intervenir plus particulièrement sur le corpus regroupant les écrits qui ont pour objectif de rendre intelligibles certains phénomènes, c’est-à-dire, quels que soient les domaines dont ils se réclament et quels que soient les sujets qu’ils abordent, les écrits explicatifs.

 

Livres explicatifs (comme ceux examinés par les Récriture #1 et Récriture #2) et articles explicatifs (comme celui qui sera examiné par la Récriture #5) seront donc ses principaux objets, mais aussi certains termes, certaines locutions ou formules consacrées.

 

Il est possible d'ajouter que, dans la mesure où La MACHINE à RÉCRIRE stimule la production d'écrits explicatifs à visée améliorative portant notamment sur des écrits explicatifs, elle met en jeu une dimension que d'aucuns qualifieraient sans doute de "métalangagière" ou de "métacritique".

 

Ouverte à tout type d'écrits, La MACHINE à RÉCRIRE interviendra plus spécialement sur ceux qui croisent ses préoccupations méthodologique, langagière et sociétale, à savoir:

 

- les écrits adoptant, sous l'angle méthodologique, une démarche rationnelle, et qui éventuellement prennent pour objet cette démarche (comme ceux d'Henri Broch et Mathias Girel, abordés par les Récriture #1 et Récriture #2);

 

- les écrits prenant pour objet les structures et mécanismes des phénomènes langagiers (comme celui de Daniel Bougnoux qui sera abordé par la Récriture #3);

 

- les écrits prenant pour objet les structures et mécanismes des phénomènes sociétaux (comme celui du mouvement Extinction Rébellion, qui sera abordé par la Récriture #6).

 

[NB: Bien entendu ces trois caractéristiques (rationalité, langage, société) ne s'excluent aucunement et sont toutes impliquées, directement ou indirectement, dans les écrits mentionnés ci-dessus.]

4. Fonctionnement

Le fonctionnement de La MACHINE à RÉCRIRE repose sur la coordination de trois opérations, lesquelles peuvent être stimulées par une quatrième.

 

Ces trois opérations sont la lecture, la critique, et la récriture.

 

La lecture, fondamentale, est l’opération qui s’efforce de comprendre un écrit

 

La critique est l’opération qui, au cours ou à la suite de la lecture d’un écrit, émet un commentaire positif ou négatif du tout ou d’une partie de cet écrit.

 

La récriture est l’opération qui, à la suite d’une critique négative, propose une transformation améliorative du tout ou d’une partie de cet écrit.

 

[NB: Ces trois opérations ont donc été accomplies dans le cadre du petit exemple précédent (Circonscrit 1 et Récrits 1.1 à 1.4).]

 

L’opération pouvant stimuler les trois précédentes est la théorie.

 

La théorie est l’opération qui s’efforce de fabriquer des systèmes représentatifs censés capables d'expliquer certains phénomènes ou, si l'on préfère, certains faits.

 

Les faits ou phénomènes qui intéressent La MACHINE à RÉCRIRE constituent, donc, ceux qui adviennent avec les dispositifs matériels des écrits.

 

La théorie à laquelle aura principalement recours La MACHINE à RÉCRIRE porte le nom de textique: cette discipline initiée par Jean Ricardou, fort méconnue, contribue à outiller l’exercice de la lecture et, par suite, à amplifier sa vigilance critique, puis à stimuler la récriture (voir les rubriques OUTILLAGE et RÉFÉRENCES).

 

La MACHINE à RÉCRIRE fonctionnera donc, non pas en multipliant de vagues commentaires surplombant des écrits seulement évoqués, c’est-à-dire sans faire intervenir le détail de leurs structures (comme s’y complaisent, notamment, les entretiens parlés ainsi que de nombreux essais peu scrupuleux), mais, plus modestement et plus concrètement, à partir de fragments matériels précis extraits des écrits étudiés.

5. Ateliers

Sur la base de ce fonctionnementLa MACHINE à RÉCRIRE propose deux types d’atelier, l’un pouvant être qualifié de global et l’autre de local.

 

L’atelier global est celui permis par ce site-web, et plus spécialement par sa rubrique RÉCRITURES ouverte aux contributions de n’importe quel lecteur ou lectrice qui souhaiterait, soit alimenter une Récriture déjà ouverte (en fournissant une critique ou une récriture argumentée, ou bien de l’écrit sélectionné, ou bien de l’une des contributions déjà produites portant sur cet écrit), soit engager une nouvelle Récriture portant sur un autre écrit (pour plus de précisions, voir la rubrique ATELIER GLOBAL).

 

L’atelier local est celui qui se tiendra dans le secteur géographique où est situé l'animateur de La MACHINE à RÉCRIRE , à savoir en France dans le département de la Manche (Normandie) et dont les travaux collectifs seront également publiés dans la rubrique RÉCRITURES (pour plus de précisions, voir la rubrique ATELIER LOCAL).

 

La MACHINE à RÉCRIRE s’ouvre donc, diplômée ou non, amateure ou professionnelle, à toute personne francophone désireuse de contribuer, de façon ponctuelle ou régulière, à petite ou grande échelle, par le changement d’un seul mot ou de cent phrases, à l’effort de perfectionnement des écrits explicatifs et, par suite, à l’effort d’amélioration de l’intelligence collective.

6. Avantages

Par conséquent, La MACHINE à RÉCRIRE semble comporter au moins cinq avantages.

 

Premièrement, elle opère une désacralisation des écrits.

 

En effet, tandis que les habitudes dominantes de lecture sont imprégnées de la fallacieuse idée selon laquelle un écrit serait l’intimidante propriété intouchable de son autrice ou auteur, La MACHINE à RÉCRIRE amène à considérer les écrits, notamment explicatifs, comme des dispositifs matériels qui ne sauraient être décrétés, de manière dogmatique, exempts de toute imperfection, et par suite arbitrairement placés au-dessus de tout exercice critique et amélioratif.

 

Deuxièmement, La MACHINE à RÉCRIRE opère une démythification des auteurs et autrices.

 

En effet, tandis que les habitudes dominantes de lecture semblent fortement biaisées par le mécanisme consistant, au détriment de l’intellect, à subordonner les écrits aux anecdotiques éléments biographiques de leurs auteurs et autrices, bref à perpétuer un certain culte de la personnalitéLa MACHINE à RÉCRIRE concentre toute l’attention sur les écrits et amène à considérer les auteurs et autrices, ou plutôt les scripteurs et scriptrices, non point comme des élus ayant reçu quelque don divin, mais, plus simplement, comme des humains à qui il arrive, ainsi qu'à tous les autres, de commettre des erreurs.

 

Troisièmement, elle accomplit une valorisation des écrits.

 

En effet, en leur accordant une pleine attention et en s'efforçant d'accroître leur cohérence, La MACHINE à RÉCRIRE, mais sans que cela entraîne, nécessairement, une approbation sans réserves de tous leurs propos, se met au service des écrits qu’elle considère.

 

Quatrièmement, elle œuvre à la démocratisation de la récriture.

 

En effet, tandis que l’activité de récriture ne s’exerce, depuis des siècles, que dans le périmètre très restreint des scripteurs et scriptrices qui, durant la genèse de leurs écrits (ou l’actualisation de ces écrits quand ils font l’objet de nouvelles éditions), procèdent à un plus ou moins grand nombre de ratures et de perfectionnementsLa MACHINE à RÉCRIRE promeut la poursuite de ce processus amélioratif en y intégrant toutes celles et tous ceux qui souhaitent y prendre part.

 

Cinquièmement, La MACHINE à RÉCRIRE facilite la coopération entre celles et ceux qui écrivent et celles et ceux qui souhaiteraient récrire.

 

En effet tandis que paraît encore se maintenir un vaste cloisonnement entre, d'un côté, celles et ceux qui conçoivent des idées par l'écriture (bref les intellects actifs) et, d'un autre côté, celles et ceux réduits à consommer ces fabrications sans prendre part à leur conception (bref les intellects passifs), La MACHINE à RÉCRIRE convie cet état de passivité à cheminer vers l'action transformatrice.

 

Et donc ouvre, entre celles et ceux qui produisent des écrits (les scriptrices et les scripteurs), et celles et ceux qui se proposeraient d’améliorer ces écrits (soit les rescriptrices et les rescripteurs), la possibilité d’un travail commun mis au service de l’intelligence commune.